E&C N°135 - Décembre/Janvier 2006

En architecture et en aménagement, le programmiste est souvent connu comme producteur du programme, document qui exprime la commande d’un maître d’ouvrage à un maître d’oeuvre. Cette conception peut paraître aller de soi, notamment pour un acteur de la maîtrise d’oeuvre appelé régulièrement à utiliser ce document pour ses études. Pour autant, elle opère une préjudiciable réduction de la démarche de programmation et du métier de programmiste.

En effet, le document programme n’est qu’une des productions qui jalonnent la démarche de programmation engagée parfois alors que l’idée même du futur ouvrage n’existe pas encore. Son existence suppose, qu’en amont, le maître d’ouvrage ait pris la décision de réaliser son opération, et cette décision ne peut intervenir qu’à la lumière du pré-programme.

Ce document décisif marque le terme de la phase pré-opérationnelle au cours de laquelle l’opportunité du projet est vérifiée, ses caractéristiques fonctionnelles définies, les conditions de sa réalisation étudiées (localisation, surface, enveloppe financière prévisionnelle, etc.), et sa faisabilité établie. Il constitue l’essentiel de la tâche du maître de l’ouvrage assisté, s’il le choisit, du programmiste. Par ailleurs, en aval du programme, pour mieux approprier encore le projet de la maîtrise d’oeuvre au contenu programmatique, la démarche de programmation doit se poursuivre par l’adéquation programme/projet qui permet au maître d’ouvrage de veiller, à chaque étape de conception (Esquisse, APS, APD, voire PRO et ACT), à la cohérence entre ses objectifs et ses besoins, et le projet qui s’élabore.

Le processus de programmation exige du professionnel qui s’y implique une posture spécifique, en rupture avec la posture requise en maîtrise d’oeuvre. Il s’ancre dans la réalité concrète de l’institution porteuse d’un projet par l’observation de ses pratiques, par la prise d’appui sur les objectifs qu’elle se donne et par la prise en compte, autant que faire se peut, des évolutions qui conditionnent son devenir. Il ne se soucie pas de la forme, mais s’attache avant tout à préfigurer l’usage attendu du futur ouvrage. Il est facilité par la compétence généraliste du programmiste qui s’adjoint, en fonction de la nature de l’opération, des compétences spécialisées formant ainsi une équipe pluridisciplinaire au sein de laquelle, très souvent et ça n’étonnera personne, on trouve un économiste de la construction en charge de la définition de l’enveloppe financière prévisionnelle, le plus souvent déterminante dans la décision du maître de l’ouvrage.

Le programmiste se situe donc clairement dans le champ de l’assistance à la maîtrise d’ouvrage, et quand il s’adjoint des compétences issues de la maîtrise d’oeuvre, c’est uniquement pour nourrir la réflexion programmatique de savoirs spécifiques et d’expériences pratiques. Être programmiste ne s’improvise pas. La programmation requiert des aptitudes etdes compétences particulières : être expert dans le domaine des pratiques et des usages, bien connaître les acteurs publics et institutionnels, avoir des capacités d’écoute et d’observation, de communication et d’animation, d’analyse et de synthèse,… Par ailleurs, la profession de programmiste relève aujourd’hui de formations initiales (de niveau master) et continues spécifiques, et dispose d’une qualification professionnelle délivrée par l’OPQTECC qui atteste de sa singularité (la qualification PAT).

Yannick Guillieux
Secrétaire général du sypaa (syndicat des programmistes en architecture et en aménagement : sypaa.org)

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